Babayaga 

Ce nom, connu à travers les âges et les continents, renvoie au mystique et tente de définir les contours d’une femme aux teintes ésotériques.

Souvent qualifiée de sorcière - ce qu’elle peut être parfois - Babayaga arpente les esprits pour y semer ses symboles et objets. Ainsi, à l’image des collectionneurs, elle entrepose avec finesse dans ses toiles les morceaux des époques qu’elle a capturés au cours de son existence. Peu nombreux sont les initiés qui savent quels sombres secrets se cachent derrière les représentations mystérieuses de ses oeuvres. 

 

Contrairement à ce que l’on peut imaginer, Babayaga n’est pas seule, sans être pour autant accompagnée. C’est elle qui guide à travers les scènes ses compagnons, qu’ils soient humains ou non. La sorcière évolue toujours entre deux mondes, entre deux réalités et entre deux possibles. Afin de distinguer la croisée de ces possibles, c’est dans ce tourbillon d’envoûtement qu’il faut plonger pour cerner l’étendue de l’univers qu’elle propose. Pour mettre un premier pied dans le monde fantasmagorique de Babayaga, le spectateur doit faire attention aux traits, aux formes et aux textures.

 

Babayaga laisse la porte ouverte à ceux qui veulent cerner son existence. De ce fait, afin de dialoguer avec ses invités, la série "Babayaga" propose une discussion muette où les yeux questionnent les symboles qui répondent via leur titulature. S’ensuit alors un jeu d’énigmes, pour retracer le message profond que l'enchanteresse souhaite délivrer. Une fois ce message percé à jour, le spectateur peut accéder à la vérité derrière l’illusion, au monde derrière le miroir. 

Cependant, la tâche est ardue. Il faut mériter pour comprendre, ce qui nécessite de collecter les indices et de les interroger. Par malice ou fierté, Babayaga s’arrange pour délivrer différents niveaux de lecture à ses propositions. Le spectateur se voit alors gratifié lorsqu’une hypothèse s’avère exacte, sans pour autant savoir qu’il n’a trouvé qu’une solution parmi d’autres.

 

Ne désirant qu’être comprise, Babayaga regroupe les rouages similaires en séries, facilitant ainsi le travail pour ses ouailles.

Dans ses propositions regroupées sous le terme “Jour”, elle souhaite énumérer les instants communs, ceux que les hommes et les femmes peuvent vivre. Comme des instantanés, ces pochoirs primaires aux titres ambigus illustrent l’instant. 

“Bafoué” sillonne le cours du temps à la recherche d'événements affligeants. Récupérer les détresses, les colères et les peurs pour en faire un musée du désagréable est l’essence même de cette galerie. 

Pour finir, “les dormeuses” sont une collecte de portraits piégés dans le temps. Ne se sachant pas croquées, les dormeuses sont des existences en demie teinte, presque fantomatiques, qui hante les pas de Babayaga. À la manière de souvenirs abîmés, les âmes de ces femmes sont ébréchées, leurs visages effacés à jamais. Tout ce qui les lie au monde, c’est leurs possessions, auxquelles elles s’accrochent éperdument pour continuer à vivre. Au bout du compte, qui du visage ou de ses possessions devient le réceptacle de son esprit ?

Pour ne pas rester piégé dans le temps, il convient de ne pas se perdre dans ces vétustes et dépoussiérés portraits d’époques aux couleurs anachroniques. 

Qui ?

Babayaga, Juliette Pantaléo, est une artiste nancéienne, installée à Épinal et diplômée des Beaux-Arts. Depuis son antre qui lui sert d’atelier, elle propose une réflexion sur l’existence et sa construction à travers un récit mêlant réalité et fiction via un jeu de double sens. Son travail est principalement couché sur des supports papiers et numériques. Lorsqu’elle laisse son grimoire au placard, Babayaga s’occupe des affaires du monde présent, en proposant chaque mois Vertes Collines, un magazine de proximité & d’art. Elle est à présent installée au quai du musée à Épinal dans son propre studio graphique. 

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